L'Assemblée des représentants du peuple tunisienne a adopté la loi organique n° 58 le 26 juillet 2017, par 146 voix pour sur 217 membres, sans abstention. La loi est entrée en vigueur en février 2018. Son élaboration a été soutenue depuis 2014 par ONU Femmes, aux côtés du Conseil de l'Europe, de l'Union européenne, du PNUD, du HCDH, de l'UNFPA et de l'ONUDC, qui ont contribué par des relectures, des recommandations et une analyse article par article soumise au parlement.
La loi adopte une définition large de la violence, couvrant les formes physique, économique, sexuelle, politique et psychologique, et établit des mécanismes de protection donnant aux survivantes accès à un soutien juridique et psychologique. Elle a modifié l'article 227 du Code pénal, supprimant une disposition qui permettait auparavant aux auteurs d'actes sexuels contre des mineurs d'échapper à la peine en épousant leur victime.
En décembre 2016, cinq ministères - Affaires sociales, Justice, Femme/Famille/Enfance, Intérieur et Santé - avaient adopté des protocoles multisectoriels prévoyant des réunions mensuelles de suivi des dossiers afin de coordonner le soutien aux survivantes entre les services de justice, de santé et de logement.
Les données recueillies après l'adoption de la loi révèlent un écart important entre le texte et son application. Une évaluation du Programme Sud du Conseil de l'Europe, un an après la promulgation, a constaté que le budget alloué à la loi était « faible voire inexistant » et que la formation des parties prenantes était insuffisante. Une enquête universitaire menée en 2023 auprès de 110 femmes tunisiennes a révélé que 45,5 % avaient subi des violences fondées sur le genre, que 37,3 % ignoraient l'existence du cadre juridique, que seulement 22,2 % des victimes ayant subi des violences avaient engagé une action en justice, et que 83,3 % jugeaient la loi insuffisamment stricte pour dissuader les agresseurs.
La loi n° 58 de la Tunisie est incluse ici comme un cas honnête, fondé sur des données probantes : elle montre qu'une réforme législative complète et soutenue au niveau international est une condition nécessaire mais non suffisante pour réduire la violence à l'égard des femmes - un budget durable, des campagnes de sensibilisation du public et une formation institutionnelle sont nécessaires pour transformer les protections juridiques en résultats mesurables.
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