L'Office National d'Identification de la Population (ONIP) de la République démocratique du Congo était chargé de construire le premier registre national d'identité biométrique du pays, capturant empreintes digitales, images faciales et données de l'iris pour délivrer des pièces d'identité vérifiables dans un pays où une grande partie de la population manque de papiers officiels. Vers 2021-2022, la propre estimation de l'ONIP situait le coût du système et de l'infrastructure associée à environ 360 millions de dollars. Un consortium mené par l'entreprise française de biométrie Idemia et l'intermédiaire congolais Afritech, dirigé par Samba Bathily, a obtenu des droits exclusifs pour le construire.
Au moment de la finalisation du contrat, le coût prévu était passé à 1,2 milliard de dollars, soit plus du triple de l'estimation initiale de l'ONIP. La Banque mondiale a refusé de contribuer au financement du projet, invoquant l'absence de mise en concurrence. En interne, une note de l'ONIP datant de 2023 avertissait que l'arrangement pourrait se transformer en une "arnaque colossale", et l'Inspection générale des finances du pays a séparément mis en doute la légalité et la faisabilité du montage financier proposé.
Ces alertes sont devenues publiques le 9 août 2024, lorsque Bloomberg et Lighthouse Reports ont publié une enquête conjointe détaillant des allégations de mauvaise gestion financière et d'irrégularités de coûts dans l'accord. Trois jours plus tard, le 12 août 2024, le directeur général de l'ONIP, Richard Ilunga, a annulé le contrat de 1,2 milliard de dollars. Il n'a donné aucune raison publique explicite, mais l'annulation a suivi directement l'enquête et les alertes internes préexistantes.
Aucun centre d'enrôlement biométrique n'a ouvert et aucun citoyen n'a été enregistré dans le cadre du contrat avant son abandon. Le déficit d'identification que le projet devait combler reste non résolu, et cet épisode constitue un cas d'alerte pour d'autres gouvernements envisageant de grands contrats d'identité biométrique avec un fournisseur unique, sans appel d'offres concurrentiel ni contrôle financier indépendant.
D'où proviennent les informations de cette pratique, et quand.