L'Espagne impose, depuis la loi 30/2003, renforcée par la loi organique 3/2007 sur l'égalité et, depuis 2020, inscrite directement dans la loi générale de finances (article 37.2), un rapport annuel d'impact de genre accompagnant le projet de budget de l'État. Élaboré conjointement par le ministère des Finances et le ministère de l'Égalité, ce rapport passe en revue tous les programmes de dépenses selon trois volets fixes : réalité, représentation, et ressources-et-résultats.
L'édition 2023 a évalué 379 programmes de dépenses : 372 (98 %) ont été classés comme sensibles au genre — 75 de forte pertinence, 162 de pertinence moyenne et 135 de faible pertinence —, seuls 7 programmes étant jugés sans pertinence de genre. L'indice 2022 de budgétisation sensible au genre de l'OCDE place l'Espagne parmi un petit groupe de pays à « pratique avancée », avec l'Autriche, l'Islande, la Corée du Sud, le Mexique et la Suède.
Des économistes indépendants sont plus prudents. María Pazos Morán, ancienne directrice de l'Institut de la femme espagnol, estime que l'exercice relève largement de la « vitrine » (vestir el escaparate) : techniquement sophistiqué, mais ses conclusions sont presque toujours « positives » ou « neutres », signalant rarement un impact négatif de genre, et les rapports ont historiquement manqué de chiffres reliant les lignes budgétaires à des objectifs de genre mesurables. Selon elle, la procédure administrative seule, sans pression politique soutenue, ne s'est pas traduite par un changement démontrable dans l'allocation réelle des ressources.
D'où proviennent les informations de cette pratique, et quand.