Les places en crèche publique sont rares en France — on compte au niveau national moins de deux places pour dix enfants de moins de trois ans — et leur attribution reposait traditionnellement sur une commission municipale notant les dossiers selon des critères tels que la situation professionnelle des parents, la localisation familiale et des circonstances particulières comme la maladie ou un besoin d'insertion professionnelle. Des chercheurs de la CNAF (Caisse nationale des allocations familiales), dans le cadre de son programme ISAJE étudiant l'effet de l'accès à la crèche sur le développement de l'enfant, se sont associés à la municipalité de Valence Romans Agglo (Valence, à environ 100 km au sud de Lyon) pour transformer ces critères existants en un algorithme informatisé d'« appariement optimal équitable » — une variante du mécanisme d'acceptation différée de Gale-Shapley.
L'objectif affiché était de réduire la part de discrétion et de favoritisme dans un processus longtemps soupçonné d'avantager les familles bien introduites, en garantissant qu'aucune famille moins prioritaire ne puisse obtenir une place préférée par une famille plus prioritaire.
La pandémie ayant empêché la commission humaine de se réunir en présentiel, le tour de mai 2020 a été géré entièrement par l'algorithme, une première en France, satisfaisant 400 des 1 014 demandes (39,4 %) déposées pour ce cycle. La répartition proposée par l'algorithme a ensuite été examinée et formellement validée par la commission d'attribution de l'agglomération avant la confirmation des places.
Les comptes rendus de cette expérimentation indiquent qu'elle n'a porté que sur un seul tour d'attribution dans une seule municipalité, sans comparaison avant/après publiée par rapport au système discrétionnaire remplacé, et certains élus locaux ailleurs en France ont exprimé des craintes de perdre leur pouvoir de décision — un élu parisien aurait demandé : « si les ordinateurs trient les demandes, que va-t-on faire, nous ? »
Ce cas constitue un exemple modeste mais concret d'application de la théorie des marchés d'appariement à un véritable goulot d'étranglement administratif dans l'accès à l'éducation de la petite enfance, avec des chiffres de candidatures réels et une justification explicite anti-favoritisme, même si sa base de preuves reste un tour pilote unique plutôt qu'une évaluation rigoureuse.
D'où proviennent les informations de cette pratique, et quand.